Chapelle Saint Isaac et Saint Cornely

La date de construction de la chapelle (1661) est gravée sous l’oculus de la façade occidentale (repère historique : 1ère année du règne de Louis XIV).

Deux saints patrons y sont honorés : saint Isaac et saint Cornéli dont les statues trônent de chaque côté de l’autel. Rien d’étonnant en ce qui concerne saint Cornéli très souvent présent dans les chapelles bretonnes : c’est le saint protecteur du bétail. Son nom est la forme celte de Corneille, pape de 251 à 253. Il se fit remarquer par sa mansuétude envers les chrétiens qui avaient renié leur foi sous la torture en leur permettant de réintégrer l’Eglise. Il fut déporté sur ordre de l’empereur et mourut en exil.

Plus surprenant est la présence de saint Isaac, plus connu sous le nom de saint Isaac le Syrien. Né au Qatar, moine très jeune, il est sacré en 676 Evêque de Ninive mais renoncera très rapidement à cette charge qui l’empêche de poursuivre sa vie d’ermite. Il a marqué profondément la spiritualité des Eglises d’Orient par ses nombreux écrits, dont les Discours Ascétiques, qui se sont répandus grâce aux traductions grecques, arabes, russes et françaises.

Sa vénération dans une chapelle bretonne peut surprendre et ne peut être rattachée, comme on a pu le suggérer, à la présence d’Isaac de Marboeuf comme Père Abbé de l’abbaye de Langonnet au moment de la construction de la chapelle, puisque le village de Moustriziac portait déjà le nom de Moustoerizac au XVe siècle avec de nombreuses variantes au fil des ans : Moustérisac, Moustoir Issac, Moustoir Izaac etc…(*). Le retour des Croisés pourrait peut-être expliquer la vénération de ce saint du Moyen Orient en Bretagne.

La chapelle de Moustriziac, construite sur un monticule planté de châtaigniers centenaires, est toute simple, de forme rectangulaire à pans coupés au niveau du chœur. La hauteur de la nef (8 m) est assez exceptionnelle pour une chapelle de quartier .Du mobilier, vraisemblablement d’origine, ne reste que la croix d’autel, le Thabor et la table de communion. L’autel du XIXe siècle provient de la chapelle du domaine de Keraudrenic à Langonnet qui fut désaffectée dans les années 1920.

Certaines statues sont antérieures à la construction de l’édifice. Du XVIe siècle : statue d’évêque non identifié (peut-être une première représentation de Saint Isaac). Statue de saint Jean Baptiste (le Précurseur de Jésus qu’il baptisa dans le Jourdain) en bois polychrome. Statue de saint Eutrope, en pierre polychrome. Ce saint particulièrement honoré en Charente  fut le premier évêque de Saintes. Du XVIIe siècle : une Vierge à l’Enfant et les statues des deux saints patrons, en bois polychrome.

Et que serait une chapelle sans fontaine ? Il n’existe aucun point d’eau à proximité immédiate. Par contre, à quelques centaines de mètres, un modeste point d’eau, en bordure d’un ruisseau qui alimentait autrefois un lavoir pourrait être la fontaine de la chapelle. Sa pierre frontale porte en effet la date de 1661. L’accès n’en n’est pas aisé.

L’histoire nous livre peu de détails sur la vie de la chapelle. D’après des souvenirs d’anciens du village, le mur frontal se serait en partie écroulé au début du XXe siècle. La mise aux enchères de bovins offerts par des cultivateurs du quartier avait permis de faire face aux dépenses. En 1932 sont effectués des travaux d’intérieur dont la construction de la tribune. Malgré des interventions bénévoles d’habitants du village concernant en particulier l’étanchéité de la toiture et des vitraux du chœur et la peinture intérieure, il devenait urgent d’entreprendre des travaux d’envergure pour sauvegarder la chapelle.

Dans ce but est créé en 1979 le Comité des fêtes de Moustriziac qui, grâce aux fonds recueillis lors des animations festives les jours de pardon, a pu entreprendre, entre autres, les travaux de réfection totale de la toiture, le rejointoiement des murs extérieurs, la réfection du mobilier, ainsi que la création, la fabrication et le montage des quatre vitraux effectués par des bénévoles, assurant ainsi, pour de nombreuses années, la stabilisation de l’édifice. Un soin particulier est apporté en outre à l’embellissement des abords de la chapelle.

Le pardon a lieu le quatrième dimanche du mois d’août avec, le matin, procession et messe et l’après midi vêpres et bénédiction du Saint-Sacrement. A midi est servi un repas d’environ trois cents couverts suivi d’un café-crêpes, seule source de revenus à disposition du comité pour faire face aux dépenses d’entretien de la chapelle. Une messe des Rogations y est également célébrée le lundi qui précède l’Ascension.

(*) Pierre Hollocou. Jean-Yves Plourin : Les noms de lieux et leur histoire De QUIMPERLE AUX MONTAGNES NOIRES