Frères et enfants d’un même Père

Monseigneur Centène nous donne le sens d’un Carême fraternel à vivre dans toutes ses dimensions.

Quel est le sens du Carême ?


Il y a une double dimension dans le Carême : le catéchuménat et la conversion. Le Carême est un temps qui nous prépare à célébrer la fête de Pâques, fête de la résurrection. Nous ne fêtons pas Pâques comme un épisode du passé, mais nous le célébrons comme un évènement toujours actuel et porteur de grâce. Se préparer à fêter la résurrection, c’est la même démarche que se préparer au baptême. En effet, par le baptême, chacun participe véritablement à la résurrection du Christ. Entrer dans le peuple des baptisés signifie entrer dans un peuple de ressuscités pour qui la vie éternelle a déjà commencé au quotidien.
Le Carême est aussi un temps de conversion, c’est-à-dire de retour sur soi. Ceux qui font du ski le savent, une conversion est un retournement. Nous sommes invités à nous détourner des choses qui nous occupent habituellement pour nous retourner vers Dieu. Dans le diocèse, nous menons, depuis quelques temps déjà, cette réflexion sur la conversion ; le jubilé de saint Vincent Ferrier nous y engageait particulièrement.
La crise sanitaire que nous vivons depuis bientôt un an nous incite également à changer de vie. Nous réalisons qu’une existence uniquement tournée vers les réalités terrestres, la surconsommation, est mortifère. La conversion est nécessaire non seulement pour sauver nos âmes mais pour vivre, tout simplement, sauvegarder la création, la « maison commune » dont parle le pape François. Le temps du Carême permet de rendre cette démarche plus forte et plus actuelle.


Cette année, tous les chrétiens du diocèse sont invités à vivre un Carême fraternel.
Comment entrer dans cette proposition ?


Le livret que vous tenez entre les mains encourage à méditer sur la fraternité, à partir de l’encyclique du pape François Fratelli Tutti, Tous frères. Le Saint-Père nous invite à reconsidérer cette fraternité. Elle est liée à la paternité : nous sommes frères parce que nous avons un père commun. Une fraternité authentique n’est donc pas un ensemble de relations purement horizontales, mais elle nécessite ce lien au Père de toute l’humanité. En ce sens, fraternité et conversion me paraissent extrêmement liées. Nous le voyons dans deux passages de l’évangile : la parabole du bon samaritain (Lc 10, 25-27) et la parabole du jugement dernier (Mt 25, 31-46) : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Avec l’ épidémie du coronavirus, nous avons redécouvert que nous sommes fragiles, mortels. Cette réalité de la mort nous ramène aux fins dernières : lors du jugement dernier, nous dit la parabole, de l’évangile de saint Matthieu, nous serons jugés sur l’attention que nous aurons portée aux autres. Vivre la fraternité est une nécessité.


Comment pratiquer une fraternité qui dépasse la dimension humaniste ?


J’aime particulièrement l’approche fraternelle proposée dans ce livret : elle nous invite à prier pour les autres avant même de faire une démarche vers eux. La recherche de cette fraternité conduit au décloisonnement de soi pour se tourner vers son prochain. Plusieurs associations sont présentées ici. Elles ne sont pas toutes confessionnelles, mais de nombreux chrétiens y sont engagés. Précédée de la dimension de la prière, la fraternité se joue aussi à travers l’action dans ces associations, ces mouvements, sans s’éloigner du Père. Pendant ce temps de Carême, relevons le défi de l’attention aux autres, ne laissons personne au bord du chemin et avançons en Église en reconnaissant Dieu comme notre Père. Lui seul peut nous sauver !