Homélie pour le 33è Dimanche du Temps ordinaire

1ère Lecture : Livre des Proverbes 31, 10-13.19-20.30-31

2è Lecture : Première lettre de Saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 5, 1-6

Psaume : 127 (128)

Évangile : Selon Saint Matthieu 25, 14-30

HOMELIE

La première lecture commence par cette phrase sous la forme interrogative : « Une femme parfaite, qui la trouvera ? » L’objectif est qu’on la trouve coûte que coûte. Et il y en a. L’auteur du Livre des Proverbes n’est sceptique ni doux rêveur.

Dimanche dernier, la parabole de l’évangile nous parlait de cinq jeunes filles insensées et cinq autres sages. Dans le texte de la première lecture de ce dimanche, il est cette fois-ci question d’une femme active, vaillante, sensée et gracieuse. Une telle femme est vraiment précieuse comme l’or et attire la confiance de son mari parce qu’elle est pieuse, travailleuse, charitable envers les pauvres, elle craint le Seigneur. Une perle à trouver à tout prix.

Qu’on ne s’y méprenne, contrairement à l’idée répandue dans certains milieux, la bible contient des passages que l’on peut juger certes patriarcaux mais disons-le sans démagogie aucune, elle n’est pas machiste. Affirmer cette idée serait tout simplement anachronique , voire injuste étant donné que l’on ne peut pas s’autoriser à chausser des lunettes d’aujourd’hui pour jeter l’opprobre sur les propos du livre des proverbes. Il n’affiche aucun mépris vis-à-vis de la femme. D’ailleurs le but de l’extrait que nous venons de lire dans la première lecture est de nous inviter à admirer et à imiter cette femme vaillante, digne dans sa maison, honorable et généreuse envers les pauvres qu’elle croise, pieuse dans son cœur.

Chacun de nous pourrait la prendre comme modèle, que nous soyons homme ou femme. Elle est le prototype et le paradigme parce qu’elle a les pieds sur terre et les yeux fixés au ciel. Elle tient sa lampe allumée et la réserve d’huile dans son sac à main (sage comme les cinq jeunes filles de l’évangile du 32è dimanche du temps ordinaire). Sa sagesse est communicative car elle sanctifie son mari et ses enfants (sa maison).

Au IVè siècle, Saint Jean Chrysostome a été l’inventaire du concept d’ « église domestique » pour caractériser une famille chrétienne. Le Concile Vatican II (dans Lumen Gentium) le remit au goût du jour. Et depuis lors, des synodes, des papes successifs s’en emparent. Car à vrai dire, dans cette église domestique, Monsieur devrait sanctifier Madame, Madame devrait faire de même pour Monsieur, et les deux ensemble devraient être « les hérauts de la foi » (LG 11) auprès de leurs pitchouns. Le pape Paul VI condensera cette intuition dans une phrase devenue classique : « tous les membres de la famille évangélisent et sont évangélisés » (Evangelii Nuntiandi, 71). Avez-vous compris, vous, parents, grands-parents ? Au boulot !

Parlons justement de l’évangile de ce dimanche (33è ordinaire) qui est la suite de celui de dimanche dernier. Encore une fois, il est question du Royaume de Dieu. Mais à l’aide d’une autre parabole, celle des talents. De que quoi s’agit-il ? L’on nous parle d’abord:

– d’un homme qui possède beaucoup de biens,

– il a des serviteurs

– il leur confie ses biens

– il leur distribue des talents qu’ils doivent fructifier,

– et s’en va en voyage,

L’on nous dit ensuite que ce propriétaire :

– revient,

– demande des compte à chacun,

– remercie et récompense ceux qui ont fructifié les talents,

– sanctionne le paresseux qui n’a rien foutu.

Mais qui est cet homme qui se cache derrière le propriétaire (rappelez-vous que nous avons à faire à une parabole)? Pour le savoir, je suis allé relire la deuxième lecture (2 Thessaloniciens 5,1-6).

Dans cette épître, St-Paul nous donne, à mon avis, la clé pour décrypter le message caché dans cette parabole. Voici ce qu’il dit aux chrétiens de Thessalonique et à nous aussi : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur…Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit . » Donc l’ « homme », le « maître », le propriétaire de la parabole, c’est bien Jésus qui est parti mais qui reviendra. Il l’a promis.

Aimer c’est aussi savoir risquer

En attendant son retour, il nous demande de développer nos talents (dons) pour nous mêmes, pour les autres et pour le Royaume. Notez bien qu’il fait vraiment confiance à nous pauvres serviteurs en nous laissant ses biens sa propriété. Aimer c’est aussi savoir risquer. Visiblement, Dieu fait flèche de tout bois puisqu’il n’a même pas peur de confier « ses trésors aux vases d’argiles » ( voir 2 Co 4, 7) que nous sommes. Ces dons nous ont été gratifiés par l’Esprit-Saint et ils sont inventoriés par Isaïe dans son livre au chapitre 11, du verset 1 jusqu’au verset 2 : sagesse, discernement, conseil, force, connaissance et crainte du Seigneur. Ils sont sept en croire le prophète.

Mais cette liste n’est pas du tout exhaustive, vous vous en doutez bien. En effet, tout ce que nous avons, tout ce que nous possédons est un don (talent) reçu de Dieu : parlez les langues, chanter et jouer de la musique, les talents sportifs ou de danse, etc. La liste est longue. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? », questionne l’apôtre Paul dans 1 Co 4, 7. Et la réponse est dans la question. En effet tout ce qui est en moi appartient à Dieu. Si donc tout vient de Dieu, tout doit naturellement aller à Lui, à sa gloire, à la construction de son Royaume dès ici bas .

L’amour est le plus grand talent que nous avons tous reçu.

Nous avons reçu gratuitement, donnons gratuitement à Dieu et à nos semblables. Le saviez-vous ? Nous sommes riches de ce que nous donnons. Ça paraît paradoxal mais c’est exactement comme une flamme d’une bougie: plus elle allume d’autres bougies, plus sa lumière éclate, devient intense, belle et éclairante. Qui perd gagne! Pas seulement en jeu de dame, mais aussi et surtout en amour de Dieu et en charité fraternelle. L’amour est le plus grand talent que nous avons tous reçu. Il faut le rendre. En le gardant pour nous-mêmes, il s’étouffe et disparaît. En le donnant aux autres et à Dieu, il devient intense et transformateur.

Dans l’évangile, tous les serviteurs n’ont pas reçu le même nombre de talents . Est-ce injuste ? Au premier regard, oui. Mais en réalité, non. Méfiez-vous des apparences. Elles sont trompeuses. Car en effet, Dieu donne à chacun ce qu’il lui convient, ce qu’il est capable de porter et de supporter. Dieu seul sait ce qu’il faut à chacun. Et c’est bien ainsi puisque c’est connu, différentes notes font la musique, différentes couleurs créent une mosaïque. Apprenons à mélanger les couleurs et les notes noires et blanches, ainsi notre monde, notre Église pourront danser au rythme des sons et des lumières hauts en couleur.

Revenons à l’évangile et observons bien : quand le maître revint, il a demandé à chacun ce dont il était capable de rendre. C’est à vrai dire en cela que Dieu est juste. Il ne nous accable jamais. Ce qu’il n’apprécie pas par contre, c’est la paresse, les préjugés que nous avons de Lui et les fausses représentations que nous nous faisons de Lui. Parce que nos fausses images de Lui nous paralysent, nous démotivent. Je fais allusion au troisième serviteur. Le pauvre !

Prenons conscience que c’est nous les serviteurs de Dieu d’aujourd’hui. Nous sommes tendus entre le « déjà » (de la venue du Christ) et le « pas-encore » de son retour. Il nous demandera des comptes. Agissons comme les deux premiers serviteurs qui se sont mis au travail dès le départ de leur maître afin que le Jour du Seigneur ne nous surprenne pas (voir deuxième lecture).

Puisque nos biens, nos dons, nos richesses, nos talents nous ont été confiés, nous ne sommes donc que des gérants. Sachons rendre à Dieu ce qu’il lui appartient. Donnons à nos frères et sœurs leur dû. Et le boulevard de la vie éternelle sera toute tracée devant nous. Nos frères et sœurs ont besoin de notre amour. Donnons-le afin d’obtenir la vie éternelle à laquelle nous aspirons. Amen !

Père Émile BIGUMIRA