Printemps avec le Seigneur

Homélie pour le 32ème Dimanche du Temps Ordinaire

Les termes « sage », « sagesse » abondent dans les Écritures. Il suffit de lire les livres de la Genèse, de l’Exode, du 1er Livre des Rois, de Daniel, de Job, des Proverbes  pour l’Ancien Testament; les évangélistes Matthieu, Luc, Jean ; la première Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens, la lettre de Jacques, pour le Nouveau testament, etc.

Des hommes et des femmes sont aujourd’hui en quête de sagesse. Ils parcourent le monde à la recherche de la sagesse. Le continent le plus prisé en la matière est l’Asie avec ses nombreux gourous. Mais suffit-il d’être gourou pour mériter la qualification de sage ? Pas toujours. Que nous dit la Bible ?

A la lecture des livres ci-haut cités, on remarque que parmi les êtres humains, la palme de la sagesse est décernée au Roi Salomon. Ce monarque était cultivé et gouvernait comme personne de son temps. Sa renommée s’était répandue dans tout l’Orient.

Cependant, disons-le tout de suite, la vraie sagesse dont la Bible fait éloge et qu’elle propose aux hommes n’est pas celle qui émane d’une culture personnelle, si éminente soit-elle. La vraie sagesse est donnée par Dieu car lui seul est Sage. Lui seul peut donner à l’homme la capacité de discernement pour reconnaître le bien et rejeter le mal (lire 1 R 3, 9). Malheureusement, beaucoup de nos contemporains aujourd’hui croient qu’ils peuvent acquérir la sagesse par eux-mêmes, par les gourous orientaux, par la philosophie ou autres sciences et connaissances. Les chrétiens n’échappent pas, hélas, à cette tentation omniprésente.

Les dix vierges de l’évangile nous représentent tous. Elles représentent l’Église. En effet, elles avaient la volonté de répondre à l’invitation de l’époux, elles avaient l’endurance nécessaire pour attendre l’arrivée de l’époux peu importe l’heure – même la nuit -, elles étaient douées pour écouter les consignes protocolaires des organisateurs des festivités, elles chantaient et se trémoussaient en scandant le nom de l’époux. Sauf qu’en Matthieu 7, 21-29, Jésus nous avertit que ce n’est pas en disant Seigneur, Seigneur que l’on entrera dans le Royaume des cieux. Il faut plutôt faire la volonté du père. Et notez que dans l’extrait de l’évangile de ce 32è dimanche ordinaire, il est question précisément du Royaume de Dieu. Donc il faut « faire », agir, se bouger, mettre la main à la pâte, participer activement. Il ne suffit pas de chanter ni de faire des louanges si pieuses et recueillies soient-elles.

A en croire l’évangéliste Matthieu, toutes les dix filles n’étaient pas pareilles. Cinq jeunes filles étaient insouciantes (manquaient de sagesse), cinq autres étaient prévoyantes (pleines de sagesse). Les insouciantes croyaient naïvement qu’il leur suffisait d’être invitées, d’être vierges, jeunes et belles, d’être présentes à la fête de la noce de leur ami et de retenir par cœur les règles du jeu de la fête nuptiale. Erreur ! Remarquez que c’était la même erreur que commettait souvent le peuple juif : croire que l’élection et l’alliance suffisaient pour être appelé fils ou fille de Dieu. Les Hébreux ont souvent oublié qu’il fallait sans cesse renouveler fidèlement cette alliance, travailler sans se lasser pour s’ajuster sans cesse au Dieu de l’alliance.

Dire que l’on a été baptisé, que l’on a servi la messe de Monsieur le Curé tous les matins, qu’on a été à l’école des « Bonnes Sœurs », qu’on a déjà suffisamment pratiqué le dimanche, que la religion est une tradition familiale et qu’on est en France, pays de tradition chrétienne ne sont pas des excuses à convaincre Dieu. Ne soyons pas des « has been », ne nous pavanons pas avec le passé, ça ne passe pas. Ne soyons pas des hommes et des femmes du passif. La seule question qui vaille c’est : que faisons-nous aujourd’hui ? Que comptons-nous faire demain ? Il faut que le passé se voie bien dans le présent et que ce présent prépare l’avenir où nous tendons.

La parabole de l’évangile nous raconte que le danger le plus fatal pour les cinq jeunes filles insouciantes a surgi la nuit. Attention à la nuit et à ses avatars : l’obscurité, la fatigue, le sommeil, les tentations, les peurs, la solitudes, les angoisses, les méchancetés, les aveuglements, la tentation de faire comme les autres… Bref toutes les situations existentielles qui peuvent mettre en péril notre foi si on baisse la garde. Attention à nos « nuits » de la foi, aux « sécheresses spirituels », aux lassitudes, aux démons qui peuplent cette nuit de notre foi. Les vierges insensées en ont fait une amère expérience. Elles ont cru en leur propre force, en leur énergie juvénile…elles se croyaient vaccinées et balaises ! Sauf qu’elles ont oublié l’huile ! Fatal !

Faisons gaffe car aujourd’hui la covid-19 et le confinement qui va avec peuvent nous plonger dans la torpeur spirituelle et les mauvaises habitudes qui nous détournent des autres, de Dieu et de son Royaume. Coupés de la prière communautaire, de la célébration eucharistique (noce de l’Agneau et l’avant-goût du Royaume à venir), de l’écoute de la Parole de Dieu, notre cœur court le risque de s’encrasser et de se désertifier. Dès maintenant, prenons des résolutions pour nous protéger du danger qui guette notre vie chrétienne. Armons-nous de la prière et de la lecture de la Parole de Dieu. C’est ça « rester en tenue de service » (voir Lc 12, 32-48).

Ayons à cœur que nous chrétiens sommes des lampes, des lumières du monde (voir Matthieu 5, 14). Mais une lampe sans huile est bonne à rien. Elle ne peut éclairer ni elle-même ni les autres.

Dans la Bible, l’huile symbolise l’Esprit-Saint. La lettre aux Galates (5, 22-24) énumère les fruits de l’Esprit-Saint : charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, maîtrise de soi.

Le Seigneur Jésus (l’Époux) reviendra avec son Royaume. Il l’a promis. Pour éviter de tomber en léthargie spirituelle, nous devons nous retrousser les manches et laisser l’Esprit-Saint agir en nous.

Plus concrètement, pendant le confinement, il ne faut pas oublier les personnes isolées, pauvres, âgées…Il serait bon que chaque chrétien parraine une personne en lui rendant visite, en lui téléphonant, en lui faisant ses courses, en lui préparant un repas, en lui faisant partager une vidéo, de la musique, en lui faisant la lecture du journal d’un livre, d’un extrait de l’évangile….etc.

Tout ceci dans le respect des règles sanitaires bien entendu ! En cas de besoin, ne pas hésiter à appeler un prêtre.

Au début de son pontificat en 2013, le Pape François nous avouait qu’il souhaitait servir une « Église pauvre pour les pauvres » . Faisons nôtre cet idéal chrétien.

Notre Dieu s’est fait pauvre avec les pauvres. Il nous appelés à faire de même. C’est l’unique voie de la sagesse qu’il nous a tracée. Les autres sagesses en dehors de celle-ci ne sont que folie et vanité. Amen !

Les textes de ce dimanche